Hatchepsout identifiée ?

Publié le par Horemheb

momie-hatchepsout.jpgMomie d'Hatchepsout (lefigaro.fr)


        Un petit bout de dent. Il n'aura fallu qu'un minuscule fragment de molaire pour permettre l'identification de la momie d'Hatchepsout, dont le nom signifie « suprême noblesse féminine » ou « la première des dames », reine d'Egypte de la XVIIIe dynastie, qui régna approximativement de 1492 à 1470 av. JC ( les dates diffèrent selon les sources). Evidemment, tout n'est pas si simple...

 

Cette histoire débute il y a plus d'un siècle...

 

En 1903, le célèbre Howard Carter (1874-1939) - « une des plus grandes figures dans l'histoire de l'archéologie », selon C.W. Ceram dans Les dieux, les tombes et les disciples - trouve dans la tombe KV20 (King Valley 20), découverte en 1824 par Giovanni Belzoni, deux sarcophages qui portent les noms de Thoutmosis Ier et de Hatchepsout. C'est une déception, ils sont vides, il n'y a aucune momie à l'intérieur.

 

Dans une autre tombe, la KV60, il découvre deux momies, l'une dans un sarcophage et l'autre à même le sol, comme déposée là ou simplement abandonnée. La première, transférée au musée du Caire, est identifiée comme étant celle de la nourrice d'Hatchepsout, Sitre-In.

 

La seconde, laissée sur place, a un bras replié sur la poitrine et les ongles peints en rouge bordé de noir. C'est la momie d'une femme d'une cinquantaine d'années, obèse. Des égyptologues ont émis l'hypothèse qu'il pouvait s'agir de celle de la célèbre « pharaonne », mais sans pouvoir le vérifier. On la laisse donc là. On s'imagine peut-être, à l'époque, que c'est une momie peu importante. Il faut dire qu'on ne pourrait laisser à même le sol la momie d'un personnage important. Cela ne serait pas très « élégant ».

 

En 2006, la momie inconnue est apportée au musée du Caire pour y être étudiée. Zahi Hawass, le secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes est sceptique. Selon lui, cette momie obèse aux « seins énormes et pendants », caractéristiques d'une nourrice, ne peut être celle de la reine. Ceux qui ont déplacé la momie d'Hatchepsout auraient donc posé sur le sol la momie de la nourrice et l'auraient remplacée dans le sarcophage par la momie de la reine elle-même.

 

Des analyses très poussées révèleront que la femme momifiée était probablement diabétique. Elle serait morte d'un cancer des os. En parallèle, dans une urne funéraire en bois, trouvée en 1881 dans le temple de Deir el-Bahari, portant le cartouche de la reine, à l'aide d'un scanner 3D à rayons X, les scientifiques retrouvent un petit bout de molaire conservé avec les viscères.

 

Ils radiographient ensuite le crâne de la momie et, ô miracle, ils s'aperçoivent que le bout molaire va s'emboîter parfaitement sur une des dents encore présentes dans la mâchoire. Cela n'est pourtant pas encore suffisant, il faut confirmer la bonne impression, l'incroyable découverte.

 

Ils procédent à des analyses ADN. Un lien de parenté est ainsi établi entre la momie et Ahmose Nefertari, grande épouse royale du pharaon Ahmosis, le premier de la XVIIIe dynastie. C'est la tante d'Hatchepsout.

 

Les scientifiques n'ont par conséquent plus aucun doute : la momie inconnue, retrouvée à même le sol dans la tombe KV60, est bien celle de l'une des plus célèbres reines de l'Egypte ancienne.

 

Une nouvelle fois, la science et les techniques modernes ont permis de résoudre une énigme historique, comme il y a quelques années avec le fameux coeur de Louis XVII. Merci l'ADN !

Mais qui est Hatchepsout ?

 

Avant elle, quatre hommes ont régné. La XVIIIe dynastie débute avec Ahmosis et se continue avec Aménophis Ier (ou Amenhotep Ier), Thoutmôsis Ier et Thoutmôsis II. Une chose est certaine, la transmission du pouvoir n'a pas été simple à cette période de l'histoire de l'Egypte pharaonnique, c'est le moins que l'on puisse dire.

           Aménemhat, le fils du pharaon Aménophis Ier, doit régner. Malheureusement, celui-ci disparaît. A la mort de Pharaon, il n'y a donc aucun héritier mâle pour reprendre sa succession. On va donc chercher le fils d'une épouse secondaire. Il prendra le nom de Thoutmôsis Ier. Pour légitimer son accession au trône, il épouse Ahmès, la soeur d'Aménophis Ier. Hatchepsout est leur fille.

 

A la mort de Thoutmôsis Ier, le problème est le même. Il n'y a pas d'héritier mâle direct. C'est donc le fils de Moutnefret, épouse secondaire, qui est appelé à régner. Il sera Thoutmôsis II. Dans le même soucis de donner un légitimité à l'accession au trône du nouveau souverain, on lui donne pour épouse Hatchepsout.

 

De leur union naissent Néférourê et Mérytrê-Hatchepsout mais... aucun héritier mâle ne vient au monde. Une fois encore, il faudra puiser dans une branche collatérale. Le fils d'Iset devient ainsi Thoutmôsis III. Il n'a, à la mort de Thoutmôsis II, que six ans. Trop jeune pour régner, Hatchepsout devient régente jusqu'à ce que le jeune roi soit en âge d'assumer ses fonctions seul. Or, tout ne se passe pas comme prévu ...

 

Au bout de quelques années de régence – une nouvelle fois le nombre d'années diffère, on trouve de trois à six ans, selon les sources – Hatchepsout se fait couronner pharaon. Elle use du soutien de l'influent et puissant culte d'Amon à Karnak pour arriver à ses fins ainsi que de quelques fonctionnaires puissants.

 

Elle prend alors le nom de Maâtkarê (« Maât est le ka de Rê »). Elle est Khenemet-Imen-Hatchepesout, « celle qu'embrasse Amon, la première des femmes ». Elle devient ainsi le cinquième « roi » de la XVIIIe dynastie. Il lui faut alors légitimer son pouvoir.

 

Pour cela, elle va répandre la légende de sa naissance divine. On voit cette scène sur les reliefs de son temple funéraire de Deir el-Bahari, dits « de la naissance ». Amon y déclare : « Elle s'appellera Hatchepsout et elle régnera sur l'Egypte toute entière, et je lui donnerai ma gloire, mon autorité, ma couronne, et ma divine protection ».

 

Elle prétend être le fruit de l'union du dieu Amon, qui a « pris la place » de son père lors de sa conception, et de sa mère Ahmès. C'est le principe de la théogamie. Ensuite, Khnoum, le dieu créateur à tête de bélier, façonne, avec le limon du Nil, sur son tour de potier deux figurines, Hatchepsout et son ka. Puis, la déesse Héqet, à tête de grenouille, leur donne vie. Enfin, Hatchepsout est présentée au dieu Soleil. Ce dernier lui promet « cette bienfaisante fonction royale dans ce pays tout entier ». Bref, plus légitime on ne peut pas.

 

Elle abandonne ses attributs féminins. Elle porte dès lors des vêtements masculins (pagne) ainsi que ce qui caractérise la fonction masculine de Pharaon c'est à dire le némès (coiffe emblématique du roi), la barbe postiche, le pschent (skhemty) c'est à dire la double couronne blanche (hedjet) et rouge (desheret) de Haute et Basse Egypte.

 

Et Thoutmôsis III dans tout ça ? Il est de fait corégent, associé au pouvoir, mais Hatchepsout ne lui laisse que la portion congrue de celui-ci. Il n'aura l'honneur que de quelques cérémonies officielles. Pour le reste, c'est elle qui a la main et qui la gardera jusqu'à sa mort.

 

Elle va s'entourer pour gouverner. Le personnage le plus important sous son règne est sans contestation Senmout (on trouve Senenmout dans certains textes).

 

Pourtant issu d'une famille modeste, cet homme va mener une carrière époustouflante. Il accumulera les charges, les responsabilités. Il est, entre autres, porte-parole de la reine, majordome de la famille royale et d'Amon, dont l'ensemble des constructions qui lui sont dédiées sont sous sa coupe. Pour autant, il n'est pas Grand Prêtre d'Amon. Cette charge est dévolue à Hapouseneb.

 

Néanmoins, il supervisera l'embellissement et l'agrandissement du temple de Karnak, dédié au dieu Soleil, ainsi que l'édification du temple funéraire de Deir el-Bahari, son « Château des Millions d'années ».

 

Comment cet homme a-t-il pu grimper aussi vite les échelons ? Des voix émettent l'hypothèse qu'il est plus qu'un conseiller et un chef de travaux. Il aurait été son amant et aurait eu avec elle un enfant adultérin. Il joue surtout un grand rôle dans l'éducation de la jeune Néférourê.

 

Lorsque cette dernière meurt, il tombe en disgrâce, son nom et ses images sont martelées alors même que la reine est toujours en vie. On peut émettre l'idée que son origine modeste a été découverte et de ce fait il a été banni. Cela impliquerait donc qu'il aurait caché celle-ci à la reine elle-même, ses talents seuls auraient maintenu l'illusion.

 

Son règne est pacifique, sans expéditions militaires apparemment, et axé sur deux domaines : le développement des relations commerciales et l'embellissement du Double Pays.

 

Outre la réouverture des mines de turquoise du Sinaï, son célèbre voyage de Pount, le « pays du dieu », restera comme le grand moment de son règne. L'officier Néhésy mène une expédition de cinq navires qui remontent le Nil jusqu'au delta de Gash (quelque part entre l'est du Soudan et le nord de l'Erythrée).

 

Le roi Paréhou et la reine Ity accueillent les Egyptiens et concluent une alliance. Les bateaux sont chargés de marchandises. Ils sont remplis d'arbres à oliban (encens), d'épices, de myrrhe, de cannelle, d'essence de térébinthe, d'ivoire, des peaux d'animaux (guépard et panthères), d'ébène, d'or et de pierres précieuses. Puis, les Egyptiens repartent et font le trajet inverse jusqu'à Karnak, où toutes ces merveilles seront offertes au dieu Amon.

 

Pour embellir le royaume, elle fait restaurer de nombreux temples construits par ses prédécesseurs et qui, souvent, ont été détruits par les Hyksôs. Elle redonne entre autre au temple de Karnak une seconde vie. Elle le fait agrandir et embellir en lui ajoutant deux obélisques de granit rose taillés dans les carrières d'Assouan.

 

Sa plus belle oeuvre restera son temple funéraire de Deir el-Bahari, creusé dans la roche, que les Egyptiens nommaient « Djeser Djeserou », « le sublime des sublimes ».

 

Elle régne une vingtaine d'années. On ne sait pas comment elle disparaît. Les sources se tarissent brutalement. Est-elle décédée de mort naturelle ? L'a-t-on assassinée ? L'a-t-on chassée ? A-t-elle abdiqué ? Personne ne le sait encore, cele reste un mystère.

 

Quoi qu'il en soit, Thoutmôsis III prend sa suite. Il n'a pas, bien entendu, apprécié d'être mis de côté, ce que l'on peut comprendre.

 

Ainsi, pour se venger, il fait effacer le plus de traces possibles du passage de la « reine pharaon ». Il fait notamment marteler ses cartouches et les remplace par les siens ou ceux de son père. Il fait également effacer son nom de nombreuses listes royales. C'est le pire des châtiments, la pire des morts, car effacer les traces sur les monuments signifie l'oubli, l'impossibilité d'accéder à l'immortalité.

 

Lorsqu'on sait qu'elle importance les Egyptiens accordaient à cette quête de l'immortalité, un tel châtiment ne peut être que le pire de tous.

 

Sous les Raméssides, Hatchepsout ne figurera pas dans les listes royales. Elle est considérée comme une usurpatrice.

 

Pourtant, a-t-elle réellement « volé » le pouvoir ? Ce n'est pas aussi évident et définitif car personne ne s'est opposé à elle. Et puis, ne le posséde-t-elle pas ce pouvoir finalement auparavant ?

 

Sa momie a ainsi été déplacée dans la tombe de sa nourrice. La question est évidemment : par qui ? Peut-être par des Egyptiens qui ne voulaient pas qu'on la détruisit. Peut-être par Thoutmôsis III lui-même (hypothèse la plus admise par les égyptologues) qui, faisant ainsi vider son sarcophage, ne voulait pas qu'on la retrouvât, toujours dans l'optique d'effacer toute trace de son passage.

 

Certains avancent l'idée que la vengeance n'est pas seulement le fait d'un Thoutmôsis III dont le courroux à la hauteur de toutes ces années de frustration s'abattit sur les images et la momie de cette pharaonne qui l'a privé d'un pouvoir légitime, plein et entier, qui lui revenait. Elle serait également celui des prêtres d'Osiris qui n'ont que modéremment apprécié l'ascension irrésistible du dieu Amon et de son culte qui les ont relégués dans l'ombre.

 
De surcroît la reine aurait voulu, à l'instar d'Akhénaton un siècle plus tard, imposer Amon comme dieu unique. Lui aussi connaîtra le même sort, on l'effacera des listes royales et on éliminera les traces de son passage en matelant ses images sur les monuments.

 

Sources :

http://archives.arte-tv.com/fr/archive_144633.html

futura-sciences.com

egyptos.net

wikipedia.org

Pharaons et Reines d'Egypte, Philippe Valode

Histoire de l'Egypte ancienne, Nicolas Grimal

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Horemheb 11/11/2008 00:57

Bonsoir,

Tout d'abord, merci pour l'intérêt que vous portez à ce blog.

Son origine modeste t son ascension fulgurante étaient sans doute mal vue par les élites. Et puis étant lié à Hatchepsout de très près, sans doute a-t-il payé aussi cela. Ceci n'est qu'hypothèse, ce personnage m'étant assez inconnu.

Pour la deuxième question, il y aura d'autres textes sur d'autres reines... Ca c'est pour que vous reveniez :)

Serge 02/11/2008 12:33

Bonjour,
Tout d'abord merci pour ce blog qui regorge d'informations et que j'ai découvert presque par hasard.
Je voudrais avoir quelques précisions au sujet de l'article, m'intéressant beaucoup à l'égypte des pharaons.

Dans cet article vous dîtes de Senemmout qu'il que ses traces ont été martelées car : "On peut émettre l'idée que son origine modeste a été découverte et de ce fait il a été banni.".
je voudrais savoir si justement l'origine modeste d'un personnage lui barrait définitivement l'accès à de hautes fonctions en Égypte? A t-on un exemple documenté justement où une personne d'origine modeste ou des textes qui disent que l'origine empêchait d'avoir de grandes fonctions?

De plus, je voudrais savoir s'il y a eu d'autres femmes avant Cléopâtre qui ont régné sur l'Égypte de façon pleine et entière (et n'ont pas également subies une tentative d'effacement de la mémoire par les Égyptiens à sa mort).

merci d'avance

nefernathy 28/01/2008 19:08

Je vois que comme moi tu est fan de cette belle civilisation, j'ai feuilleté ton blog qui est tres interessant. Pour ma part, j'ai un site sur l'égypte ancienne que tu peut venir visité sur cette adresse
http://www.e-monsite.com/nefernathy/

Bonne poursuite a l'élaboration de ton blog
@+++