Les secrets de la Vallée des Rois (2/2)

Publié le par Horemheb

valleedesrois.jpgVallée des Rois (photofloue.net)

 

La momie du souverain est prête pour son grand voyage. On l'a éviscéré, déshydraté, puis entouré de multiples couches de bandelettes entre lesquelles on a placé des amulettes qui, pour les Egyptiens, possèdent des pouvoirs magiques.

 

C'est tout un cortège qui serpente au milieu des temples pour conduire le pharaon dans sa dernière demeure. Le cercueil est très lourd, tout comme les coffres qui contiennent de nombreuses richesses qui assurent son confort dans la vie terrestre et qui lui feront vivre une existence confortable dans l'autre monde, celui des esprits et des ombres.

 

De plus, il ne meurt point de faim. Des offrandes disposées dans des céramiques lui permettent de se sustenter : des fruits, du pain, de la bière, du vin, etc. Il dispose également de « serviteurs funéraires ».

 

Dans l'au-delà, comme ici bas, il est question de travailler. Mais le souverain travaille-t-il dans l'au-delà ? Bien entendu que non. Alors il dispose de petites statuettes censées prendre vie et le servir. Sur chaque statuette on peut lire une formule magique, « si tu m'appelles, je suis là ». Jusqu'à 450 petites statuettes sont emballées puis mises dans un coffret.

 
 

Le sarcophage scellé, les richesses disposées tout autour, Séthi Ier peut ainsi gagner l'éternité. Pourtant, lorsque l'on découvre son tombeau, il n'y a plus la moindre trace de son trésor. On l'a ainsi pillé, sans doute deux siècles après sa mort.

 
 

En 1090 avant notre ère, sous le règne de Ramsès XI (KV4), c'est ce qu'on appelle l'année de la hyène. La famine est terrible et frappe jusqu'à Thèbes. L'économie vacille, les ennemis s'introduisent dans le royaume et Pharaon a des difficultés à maintenir l'unité même du pays. C'est à ce moment-là qu'apparaissent les premiers pilleurs de tombes.

 

Ils s'introduisent dans la Vallée des Rois, sans doute avec l'aide d'artisans de Deir el-Medineh corrompus jusqu'à la moelle. Pour s'emparer des trésors qu'ils estiment incroyables, ils sont prêts à tout.

 

Il règne dans les tombes une odeur nauséabonde, une odeur de mort. Dans le noir, bien qu'éclairé par une torche, ils ne savent pas ce qui les attend. Les lieux peuvent être piégés et un faux pas peut leur être fatal.

 

Des gardiens, statues majestueuses, sont sensés posséder des pouvoirs surnaturels et jeter un sort à quiconque oserait s'introduire dans la tombe. Cela fait peur, cela terrorise sans doute, mais si on fuit, on passe à côté de la richesse. Alors, on y va et on voit une fois qu'on y est...

 

Hésitant, l'un deux confie à son complice sa crainte. Il ne veut pas entrer et se retrouver face à Pharaon dans sa tombe. L'autre le rassure et lui promet qu'ils ne risquent rien, que s'ils n'essaient pas, ils ne sauront pas. Il a besoin de lui car il ne pourra pas mener à bien le pillage seul.

 

Le plus courageux, le plus téméraire, le plus inconscient peut-être, mais pour sûr le plus assoiffé d'or, s'engouffre dans le tombeau.

 

Il ne se passe rien. Aucun sortilège ne le frappe. La mort n'est pas sa destinée. Pas encore. Pour cela, il ne faut pas se faire prendre. L'autre, rassuré, prend son sillage et entre à son tour. Il peut ainsi admirer de ses yeux ébahis ce qui se présente à lui.

 

Une fois dans la chambre funéraire, les pilleurs ont devant eux ce qu'ils sont venus chercher, au péril de leur vie. La récompense de leur cupidité sans borne. Il voient de l'or, beaucoup d'or, peut-être parfois plus que ce qu'ils ont pu imaginer dans leurs rêves les plus fous, que ce que la rumeur même a propagé partout dans le Double Pays.

 

Pour faire main basse sur l'or, souvent serti dans des objets en bois ou cachés dans des sarcophages, ils n'hésiteront pas à mettre le feu aux tombeaux pour faire fondre le métal précieux et le récolter jusqu'à la dernière goutte.

 

Ce faisant, sacrilège, des chef d'oeuvre sont réduits en cendre et surtout, ils risquent de détruire la momie royale et par la même mettre fin à son repos éternel. Cela expose évidemment les auteurs d'un tel « crime » à une punition des plus terribles.

 
 

En 1090 on appréhende un de ces pilleurs de tombes. La documentation que l'on a retrouvé nous apprend comment se déroule le procès. Il reçoit des coups de baguette sur les mains et sur les pieds durant son interrogatoire. C'est si grave que Pharaon lui-même assiste au procès. Coupable ! Vous finissez empalé.

 
 

L'année de la hyène marque un tournant. On ne peut raisonnablement plus enterrer les souverains dans cette Vallée des Rois qui n'est plus sécure. Il faut donc trouver un autre lieu de sépulture pour assurer leur repos éternel.

 
 

Les pharaons désertent donc la vallée. Les habitants de Deir el-Medineh n'ont plus de travail et quittent donc leur village. Des prêtres se rendent dans la vallée, ouvrent les tombeaux qu'ils peuvent trouver et transfèrent les momies royales ailleurs, là où aucun pillard n'aurait l'idée de chercher... La vallée retrouve ensuite le silence pour quelques siècles...

 
 

L'Egypte éternelle ne cessera d'être la proie d'invasions de multiples armées ennemies. Les Assyriens, les Grecs et enfin les Romains fouleront ses terres. Dans leur sillage, des visiteurs affluent, enthousiastes, se promènent dans la Vallée des Rois et, pour marquer l'événement, gravent leur nom ou quelques phrases, traces de leur passage, sur les murs des tombeaux qu'ils profanent à leur tour n'ayant, eux, nulle crainte de quelconque sortilège lancé par les esprits gardiens de ces demeures d'éternité.

 
 

En plus des dégradations humaines, il faut ajouter celles des éléments naturels. Les pluies dilluviennes qui s'abattent sur les collines charrient des tonnes de sable, de cailloux, et de terre qui finissent par endommager les tombes et les ensevelir. L'eau s'engouffre dans les dédales souterrains, puis dans les chambres funéraires, et dégradent les fresques. Il n'est pas rare que la vallée se transforme en lac.

 
 

Début XIXe siècle, tout reprendra vie. Un homme, Giovanni Belzoni, une des figures de l'égyptologie, va découvrir en quelques mois huit tombes. Le 16 octobre 1817, il découvre celle de Séthi Ier. Depuis les pilleurs de tombe, il est le premier à pénétrer dans ces lieux. Il qualifiera, dans son journal, ce moment comme étant « son jour de chance ».

 

Il découvre, extatique, un tombeau qui s'étend sur plus de cent mètres. Sa chambre funéraire est immense et son plafond est couvert de peintures exceptionnellement belles qui représentent la carte d'un ciel noturne.

 

Il n'aura pas l'or, depuis longtemps disparu. Il ne reste que les fameux « serviteurs funéraires » qui n'avaient, quelques siècles plus tôt, lorsque les pilleurs de tombes se sont introduits là où il se trouve, aucune valeur.

 

Elles feront ainsi le bonheur des collectionneurs d'antiquités qui, suite à sa découverte, vont littéralement assaillir l'Egypte à la recherche d'objets en tous genres pour compléter leurs collections. Des pilleurs modernes en quelque sorte...

 
 

Une tombe et un trésor échapperont pourtant à leur saccage et à leur appropriation de merveilles qui ne leur appartiennent pas... Sa découverte va stupéfier le monde et l'éblouir.

 
 

En 1922, l'Anglais Howard Carter mène jusqu'alors des fouilles infructueuses. Lord Carnavon, qui finance les travaux se montre impatient. Sept années de disette, cela commence à faire beaucoup. L'argent est précieux d'autant que les campagnes de fouilles coûtent cher.

 

Le lord souhaite alors arrêter les frais mais Carter, convaincu que l'Egypte n'a pas livré au monde tous ses secrets, demande un délai. Il veut mener une dernière expédition car il reste un endroit qui n'a pas été fouillé. Carnavon donne son accord. Carter remet ses hommes au travail. Son intuition est la bonne.

 
 

En quelques jours, une des quinze marches de l'escalier en pierre est découverte. Le travail continue, et près de dix mètres sous terre, il découvre l'entrée d'un tombeau dont le sceau royal est intact. Personne n'a pu ainsi y pénétrer par là avant lui.

 

Derrière la porte se trouve un trésor fabuleux, inimaginable, qui dépasse de loin tout ce que Carter a pu imaginer. Il vient de faire la découverte de sa vie, celle qui le fera entrer dans la l'histoire de l'égyptologie ad vitam aeternam : le tombeau de Toutânkhamon.

 

Carter va répertorier chaque objet dont le cercueil en or massif de 115 kilos. Puis, le trésor est acheminé au musée du Caire où on peut l'admirer enore aujourd'hui, dans toute sa splendeur.

 
 

Si aucune découverte ne peut, encore aujourd'hui, soutenir la comparaison avec celle de Carter, il n'en reste pas moins indubitable que le sous-sol égyptien recèle encore de nombreux mystères, de nombreux trésors...

Publié dans Documentaires

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