Les secrets du trésor de Saqqara

Publié le par Horemheb

saqqara.jpgPyramide de Djoser, Saqqara (alovelyworld.com)


     Ce documentaire de Frédéric Wilner fait suite au Trésor enfoui de Saqqara. Il nous permet de suivre la quinzième campagne de fouilles du musée du Louvre qui se déroule au mois de mai 2005 à proximité de la pyramide de Djoser, à Saqqara, la plus ancienne nécropole d'Egypte.

 

Un aventure d'un mois avec son lot de surprises, de découvertes fabuleuses, mais aussi de déceptions. Plus d'une centaine de personnes, à grande majorité égyptiennes, vont travailler sur le site. La durée des fouilles est assez courte car elles ont un coût non négligeable. Puis, il faut un certain temps pour étudier les découvertes.

 

Parmi les personnalités françaises on retrouve Christiane Ziegler, qui dirige la mission, Guy Lecuyot, Jean-Pierre Adam ou encore Marie-Françoise de Rozières. Le reportage va donc nous permettre de les suivre durant cette période.

 

A la fin de chaque période de fouilles, après avoir préalablement muré l'entrée des chambres funéraires, ils bouchent les puits avec du sable, par sécurité. Puis l'accès au site est bouclé jusqu'à la campagne suivante. Et évidemment, chaque année, il faut, pour explorer de nouveau les lieux, vider le sable et détruire les murs.

 

Alors, il n'est ici nullement question de dévoiler tout le contenu du documentaire. En effet, je n'ai pas envie de gâcher le plaisir du visionnage à ceux qui veulent le voir ou le revoir. Il mérite qu'on y prête attention car il est de très bonne qualité.

 

Il permet de voir avec quel enthousiasme, quelle envie les protagonistes de la campagne de fouilles travaillent. Il est assez stupéfiant de constater cet émerveillement quasiment enfantin que ces professionnels, qui en ont pourtant vu beaucoup, ont à chaque découverte, à chaque sarcophage ou momie mis au jour. Puis, pour se rendre compte de la réalité d'un chantier archéologique ce documentaire est idéal.

 

De plus, ce qui est intéressant avec ce reportage, c'est qu'il est accessible au spécialiste, au passionné, comme au profane. Il n'est pas pompeux, il ne nous abrutit pas de connaissances qu'on oubliera cinq minutes plus tard, et puis les images sont magnifiques.

   

Partons désormais au coeur de l'histoire...

 

On assiste à la mise au jour d'une rue parallèle à une autre qui a été dégagée quelques années auparavant. Les ouvriers Egyptiens retirent le sable au bout de cette voie. On aperçoit un bâtiment, un mastaba, avec des fausses portes.

 

Ces dernières permettaient au défunt de sortir le jour pour se nourrir des offrandes apportées là et disposées dans des céramiques (ils en retrouvent plus de cent cinquante) sous forme de coupelles et de petits vases. Puis, il repartait dans sa tombe à laquelle on peut accéder par un puits.

 

On apprend qu'à ce moment-là des fouilles ils ont découvert sept puits dont quatre ont été vidés. Au fond de chacun d'eux une ou plusieurs tombes avec un ou plusieurs sarcophages.

 

A l'aide d'images de synthèse, on s'aperçoit de la complexité du dédale souterrain qui s'offre aux archéologues. Les ramifications sont nombreuses et parfois, on le voit très bien à un moment du reportage, les égyptologues peuvent passer à côté d'une salle.

   

Ensuite, Jean-Pierre Adam (architecte et archéologue) découvre un sarcophage qui date de l'Ancien Empire (2700-2200 av.JC) avec, à l'intérieur, une momie dans un linceul. Il y voit aussi des oushebtis, des petites statuettes.

 

Le soucis c'est que les oushebtis n'existaient pas à l'Ancien Empire. Ils n'apparaissent qu'au Moyen Empire (2033-1786 av.JC) pour se généraliser et devenir systématiques au Nouvel Empire (1500-1000 av.JC) même dans les tombes les plus modestes, apprend-on. Par conséquent, le sarcophage a été vidé de sa momie d'origine et l'actuelle l'a remplacée.

   

Toute découverte est officialisée dans un registre qui existe depuis l'origine du programme de fouilles. De plus, tout ce qui est mis au jour, quelle que soit la nationalité des égyptologues, revient à l'Egypte. C'est la règle.

 

Tous les objets remontés depuis les tombes sont entreposés dans ce qu'on appelle en Egypte le magasin, la réserve d'antiquités. Ils sont mis là en vue de l'ouverture du musée de Saqqara qui, à l'époque du reportage, était en construction. Il sera inauguré quelques mois plus tard. Il se situe à l'entrée du site.

 

Ce reportage nous éclaire réellement sur le travail des égyptologues. Ils fouillent, font remonter leurs découvertes, prennent des notes - le plus de détails et d'indications possibles car tout élément, même celui qui paraît le plus anodin peut se montrer d'une importance capitale -, puis cherchent des parallèles, c'est à dire des objets ressemblants, dans les autres collections.

 

Or, lorsqu'il n'y a pas ou peu de parallèles, comme pour beaucoup d'objets découverts sur ce site, il est très difficile de dater avec précision. On sait très bien donner une période mais celle-ci est souvent vaste, s'étalant sur plusieurs siècles.

 
 

On apprend aussi que les Egyptiens n'avaient pas beaucoup de bois. Tous les fragments, même petits, sont utilisés et assemblés avec minutie pour constituer le sarcophage. La peinture est donc une astuce pour cacher tous les petits fragments. Ils font un enduit et peignent par-dessus et c'est souvent magnifique.

 

Pour remonter les sarcophages, on prend des mesures précises. Il faut les protéger car remonter un puits qui fait plus de dix mètres de profondeur est très risqué. La caisse en bois est une sécurité, la gangue protectrice du sarcophage précieux.

 

Parfois le sarcophage en lui-même est fragile ou endommagé. Ainsi, dans ce cas, une restauration dans le tombeau est nécessaire. On va par exemple le consolider, boucher les fissures, avant de le remonter à l'air libre du désert.

 

De plus, pour faire ressortir les couleurs des couvercles des sarcophages, on applique un liquide consolidant. L'effet visuel est assez incroyable d'ailleurs, c'est magique et magnifique. Les couleurs ternes vont ainsi retrouver un éclat qui ressemble à celui d'origine comme si on venait de le peindre.

 
 

Pour consolider les corps fraîchement momifiés, les embaumeurs utilisaient de la résine végétale. Parfois, celle-ci coulait et dans le reportage, une grosse tache cache l'emplacement du nom d'un défunt, sur le couvercle de son sarcophage.

 

Grâce à l'acétone et avec énormément de précaution - car il ne faudrait pas que le texte parte avec la résine - ils ont réussi à éliminer cette tache mais, déception, l'inscription est commune et par conséquent, savoir le nom du défunt est impossible, à moins de se contenter de « untel ». Même chose avec le pilier dorsal, qui se trouve sous la cuve du sarcophage et qui est constitué de deux colonnes inscrites.

   

Dès lors que le sarcophage de cette momie est sorti de sa tombe par le puits, on l'emmène en convoi au musée du Caire, à 30 kilomètres au Nord, pour lui faire passer un scanner. Faire passer un scanner aux momies est devenu chose courante aujourd'hui. Les moyens technologiques modernes le permettent alors pourquoi s'en priver ? Puis, cela permet de ne pas toucher à la momie directement et donc ainsi de mieux la conserver.

 

On apprend ainsi que c'est la momie d'une jeune femme qui date du quatrième siècle avant notre ère. L'analyse révèle que tous les organes ont été retirés. On trouve deux amulettes, l'une près de la paroi nasale et l'autre vers l'aine, deux endroits où les embaumeurs pratiquaient une incision, pour retirer les organes, avant la momification. L'amulette rétablit donc symboliquement l'intégrité du corps du défunt.

 

Une fois son scanner passé, elle repart à Saqqara, « à la maison », pour l'entreposer dans le magasin principal en attendant qu'on lui trouve une place de choix dans le futur musée.

   

Ensuite, on repart dans les fouilles. On découvre de nombreuses momies, des sarcophages, et divers objets. On pourrait croire à une certaine routine mais ce n'est pas le cas.

   

Puis, un homme arrive de Paris pour faire passer des radiographies à de nombreuses momies à l'aide d'un appareil portatif très ancien et rudimentaire, qui date des années 1960, qui servait à faire passer des radios aux patients à leur domicile.

 

En tout, neufs momies sont radiographiées. On s'aperçoit de la complexité de l'entreprise car certaines momies sont très fragiles. Evidemment, toutes ne sont pas dans un même état de conservation car toutes n'ont pas été bien faites.

 

On ne fait pas n'importe quoi avec ces corps momifiés, il faut respecter les morts et leur volonté d'éternité. Il faut également respecter le patrimoine millénaire de l'Egypte.

 

Les radios permettent de voir l'âge, l'état de santé du défunt avant sa mort et parfois la cause du décès. Le radiologue nous apprend par exemple que souvent les défunts souffrent de malnutrition.

   

La fin de la période de fouilles arrive à grand pas. Il faudra attendre un an avant de revenir. Il y a de toute façon beaucoup de travail avec toutes les découvertes réalisées pour patienter durant tout ce temps.

   

Il leur reste juste assez de temps pour faire une découverte sensationnelle. Sur le couvercle d'un sarcophage magnifiquement décoré on peut lire la scène du jugement dernier. Le défunt arrive devant Osiris pour être jugé. Thot, le patron des scribes enregistre. C'est le greffier en quelque sorte. Si le jugement est défavorable au défunt, il se fera dévorer par un monstre.

   

Surtout, en dessous, les égyptologues mettent au jour un autre sarcophage beaucoup plus grand. A proximité, ils trouvent des oushebtis. Le sarcophage est ouvert, la momie est endommagée par l'humidité. Il faut dire que le sarcophage n'était pas hermétiquement fermé, ce qui tend à démontrer qu'il a été visité dans l'Antiquité par les pilleurs de tombes.

 

Le défunt a été divinisé dans l'au-delà, apprend-on. Des scènes montrent que plusieurs parties de son corps ont été associées à des dieux. Les yeux sont, par exemple, associés à la déesse Hathor.

 

Puis, l'équipe française du Louvre découvre de nouvelles momies dans une salle jusque-là inconnue et devra patienter une année avant de pouvoir en savoir davantage. Ainsi va la vie trépidante des égyptologues...

Publié dans Documentaires

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Commenter cet article

vivi 08/01/2014 16:06

juste une question à savoir : y a t-il une suite (vidéo) du secret du trésor de saqqara 8 c'est à dire après 2005 ?? SI OUI, merci de me donner les références.Ce documentaire est une beauté dans
tout les sens du terme.

Horemheb 25/11/2007 20:21

Merci Marie.

Pour répondre à cette question j'avoue que je ne sais pas encore :)

Yang 25/11/2007 20:16

Bonjour,
A quand le 3ème reportage car les 2 premiers ont été fantastiques !
Merci.
Marie.

Horemheb 03/08/2007 09:51

Bienvenue Charlie en ces modestes lieux.

Une amulette c'est un petit objet, un bijou, en métal, parfois en or, que l'on plaçait entre les couches de bandelettes, et qui était censées avoir des pouvoir magiques.

Par exemple, pour la momie de Toutânkhamon, on en a retrouvé plus de 130.

J'en toucherai un mot lors d'un prochain texte. En tout cas, merci d'être là Charlie :)

bregman 02/08/2007 22:58

Petite question : une amulette, c'est quoi, exactement ? Une pierre ?